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Le Miracle Eucharistique du 16 septembre 1941

Le miracle eucharistique qui eut lieu le 16 septembre 1941 à La Brardière s’inscrit dans les ‘missions spéciales’ de Mère Yvonne-Aimée. Elle a en effet le douloureux privilège de connaître –quand Dieu le veut- le lieu où l’Hostie consacrée a été séquestrée. Elle intervient alors en personne en allant elle-même chercher l’Hostie subtilisée. Quand il s’agit de profanation, comme c’est le cas à La Brardière, Dieu intervient et permet à cette âme mystique de prendre part à la souffrance de Son Cœur eucharistique.

En septembre 1941, Mère Yvonne-Aimée est en route pour une visite des monastères de son Ordre en Normandie. Elle en profite pour faire une halte à La Brardière où se trouve le Père Paul Labutte qui depuis le mois de mars a été rapatrié du camp de travail où il se trouvait prisonnier en Bavière. Après avoir pris différents moyens de transport sur des chemins cahoteux, Mère Yvonne-Aimée arrive à La Brardière qu’elle n’avait pas revu depuis janvier 1927. C’est une grande bâtisse un peu délabrée mais où elle reçoit un accueil chaleureux et où enfin, elle peut prendre un repos, dont –dit-elle- elle a un grand besoin.

Quelques jours après son arrivée, le miracle eucharistique a lieu.

Ce miracle à La Brardière fut attesté par des témoins et documenté par la photographie. Il a fait l’objet de deux récits complémentaires, celui du Père Paul Labutte et celui de Mère Yvonne-Aimée. Nous présentons ces deux récits en un seul pour que par ce récit captivant, le lecteur ait part lui aussi à cet évènement pris sur le vif, comme s’il y assistait lui-même.

La partie du Père Paul Labutte est écrite en noir. Celle de Mère Yvonne est écrite en bleu.

 

« Cet après-midi-là, nous descendîmes ensemble au petit bois. Yvonne Aimée emporta son appareil photographique et, comme des enfants en vacances, nous prîmes quelques photos inutiles ; puis, nous nous séparâmes. Je récitais mon bréviaire dans une allée du petit bois, lorsque j’entendis Mère Yvonne-Aimée qui poussait des exclamations de douleur.

Vite j’accourus.

 « Oh ! disait-elle, l’Hostie, ils la profanent, ils la percent avec un poinçon ! Oh ! elle saigne ! »

Je compris qu’il s’agissait d’un sacrilège qui, en ce moment même, était perpétré à Paris. 

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Je vis une scène atrocement pénible : Dans une réunion secrète, une hostie consacrée saignait…Eux s’attardaient à l’outrager comme excités par la vue du sang.

Mon cœur se fendit : voir Jésus ainsi malmené. Mon désir s’élança dans sa puissance :

« Tu le peux, Seigneur Jésus, fais-moi Te prendre. Lumen (son ange gardien), va chercher Jésus. Il ne faut pas qu’Il reste en des mains impies. Au nom de Ton Amour pour moi.. mon Jésus, rends-Toi. Mon amour Te réclame. »

Alors je vis une clarté au-dessus des grands arbres et, de cette clarté comme un petit soleil descendant doucement comme fait un flocon de neige lorsqu’il est poussé par un coup de vent… Il s’arrêta enfin – se posa sur le haut d’un petit sapin…afin que je puisse l’atteindre avec ma main – ô Hostie sanglante !

Nous courûmes et trouvâmes cette hostie qui venait de se poser sur une des branches du sapin, un peu en dessous de la cime de ce jeune arbre, à portée de la main. L’Hostie se tenait debout sur la branche. Nous nous regardâmes interdits : cette Hostie, une petite Hostie comme celle que l’on remet aux fidèles, était transpercée au milieu et de ce coup de poinçon qu’elle avait reçu, un peu de sang coulait et s’étendait.

Après un moment de silence et d’adoration, Mère Yvonne-Aimée alla chercher son appareil et photographia l’Hostie qui était demeurée debout sur la branche. Puis, elle cueillit, avec une foi intense, cette Hostie et la déposa sur une feuille verte que je tenais à deux mains et qui remplissait le rôle de corporal. Sur cette feuille, l’Hostie demeura encore debout…Alors, Mère Yvonne-Aimée prit une deuxième photo.

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Enfin j’apportai l’Hostie dans la cabane rustique qui servait d’oratoire mais qui ne possédait ni autel, ni tabernacle ; seulement une statue de la Sainte Vierge, fac-similé contemporain de la Vierge au sourire de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus.

C’est au pied de cette statue que fut déposée l’Hostie. Mère Yvonne-Aimée prit une troisième photo.

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Sur une feuille bien verte, nous déposâmes notre trésor dans la cabane – et nous nous mîmes à genoux. L’Hostie saignait… le sang coulait. Paul alla chercher sa Tante Jeanne...

Pendant une absence de quelques secondes, les bougies s’allumèrent (ceci avant la venue de Tante Jeanne) toutes seules.

Quand j’arrivai à la maison de la Brardière, ma tante était retenue au salon par des visiteurs. J’avais hâte que ceux-ci prennent congé mais ils ne paraissaient pas du tout pressés de s’en aller ! Je ne me sentais pas le droit de révéler ce qui se passait dans le petit bois, ni à ces visiteurs (des châtelains du voisinage) ni à mon autre tante, Catherine. (Cette dernière ignorait les aspects extraordinaires de la vie d’Yvonne-Aimée, dont elle admirait par contre les vertus.)

Enfin, ma tante Jeanne put descendre au bois et adorer avec émotion, les larmes aux yeux, l’Hostie exposée dans la cabane.

Après son départ nous vîmes (Yvonne-Aimée et moi) une inscription mystérieuse s’écrire, lettre par lettre, sur la porte de la cabane et nous lûmes : Le Ciel a visité la terre.

Mère Yvonne-Aimée, demeurée seule, s’abîma longtemps dans l’adoration eucharistique.

Je restai là des heures à prier, à l’écouter, heureuse d’être tout près de Lui. À un certain moment, alors que mon petit Frère disait son bréviaire…l’Hostie posée à plat sur la feuille se remit seule debout.

Jésus m’a dit :

« Mon enfant bien-aimée – ma petite Reine – Ne te déconcerte pas – Suis droit ton chemin en restant de plus en plus abandonnée à mon bon plaisir. »

« Fais confiance à ton Jésus. La nuit de ton esprit sera le soleil de ton âme…»

« Le silence est une force. Il peut t’occasionner des heures de martyre, supporte avec douceur et paix – même si d’un mot tu pouvais faire certaine lumière – même si d’un mot tu pouvais empêcher un doute, une souffrance. »

À la chute du jour, je revins au bois : il s’agissait de rapporter à la maison notre mystérieuse Hostie. Je pris celle-ci. Elle reposait toujours sur la feuille verte, mais elle s’était couchée – et je quittai la cabane. Mère Yvonne-Aimée me suivait. Nous chantions ensemble le Pange lingua et d’autres hymnes au Saint Sacrement, une vraie procession de Fête-Dieu.

Au milieu de l’allée qui longe une pièce d’eau, dite le vivier, je me retournai et je confiai l’Hostie à Mère Yvonne-Aimée. Nous reprîmes notre marche vers le pont et la maison, en chantant de nouveau. Nous ressentions une grande paix. Je crois que c’est à ce moment-là que j’ai eu l’intuition que cette petite procession que nous improvisions tous les deux, serait suivie, un jour, mais beaucoup plus tard de ‘Fêtes-Dieu’ en ce même endroit et que ce que nous faisions ce soir, en était comme le prototype.

En approchant de la maison, nous fîmes silence pour ne pas attirer l’attention de ma tante Catherine qui devait se trouver à la cuisine, et, une fois arrivés, nous déposâmes avec respect l’Hostie dans l’armoire de la chambre de Mère Yvonne-Aimée, au rez-de-chaussée, près du salon, parmi le linge bien blanc.

Au souper qui suivit dans la grande salle, il ne fut question de rien avec ma tante Catherine – qui continuait d’ignorer l’événement.

En sortant de table, Mère Yvonne-Aimée se retira. Je vins pour adorer chez elle l’hostie profanée. Mère Yvonne-Aimée était déjà couchée, elle entrait dans une sorte d’agonie.

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Procession pour la Fête-Dieu avant la pandemie

Je me couchais de bonne heure – je me sentais émue et lasse. Presqu’aussitôt je sentis des douleurs aiguës dans les membres – des battements douloureux dans la tête et le cœur.

Tante Jeanne et Paul vinrent près de moi et je reçus le coup de lance qui me fit une blessure à la place du cœur. Le sang coula. Mes mains, qui depuis la veille portaient la trace des stigmates, me firent souffrir davantage, je tendis les bras à un invisible bourreau et je ressentis dans les épaules, la poitrine, les côtes, de vrais déchirements. Mes mains me semblèrent transpercées mais le sang ne coula pas.

Ma tante… posa directement sur le cœur de Mère Yvonne-Aimée un morceau de vieille toile blanche qu’elle retira quelques instants après et qu’elle me tendit : la plaie sanglante du cœur s’y était imprimée. On y distinguait l’ouverture horizontale des chairs et l’auréole du sang, exactement la trace qu’aurait laissé un véritable fer de lance. Plus tard je montrai le linge à un médecin légiste qui me dit : « Mais c’est un coup de lance ! »

Ma tante Jeanne examina la plaie et posa sur celle-ci un second linge qui s’imprima lui aussi.

Nous voulûmes demeurer à veiller et à prier au chevet de Mère Yvonne-Aimée, mais celle-ci murmura :

« Ce n’est pas la peine… Allez dormir… Vous ne pouvez rien pour moi… Il faut que je souffre seule. »

Elle était livrée à une intense souffrance, elle s’enfonçait dans une solitude désolée. Et, peut-être même, cessait-elle de nous voir et entendre. J’avais l’impression qu’elle se trouvait isolée entre « ciel et terre ». Dehors, la campagne s’endormait, le silence était impressionnant, on n’entendait que le crie intermittent d’oiseaux de nuit.

Le lendemain, au cours de la Communion de la Messe, je donnai à Mère Yvonne-Aimée l’Hostie transpercée et sanglante.

Plus tard, je compris le parallélisme des deux mystérieux faits de ce 16 septembre 1941 : une Hostie avait été percée de façon sacrilège et elle avait saigné. Le soir le « cœur de Mère Yvonne-Aimée avait été lui aussi transpercé et il saignait.

Ce coup de lance, me suis-je dit, n’était-il pas comme l’ouverture d’une source de grâces pour la Brardière, pour l’Église ? »

Ces récits témoignent de l’Amour avec lequel nous sommes aimés mais aussi à quel point le Cœur du Christ est blessé par l’ingratitude, l’indifférence, l’hostilité, le reniement des Siens. Ils nous disent en même temps la consolation que ce Cœur très Sacré attend des croyants, d’âmes généreuses prêtes à se laisser emporter dans Sa Plaie ouverte.

Mère Yvonne nous y précède. En conclusion de cette « Journée divine », comme elle l’appelait, elle écrit : « Pensant à Lui – au grand don… de Son amour, je demandai pour ceux et celles qui me sont particulièrement chers, la foi, la confiance, l’abandon qui conduit à l’Amour. »

La Brardière devient dès lors un lieu de foi et de ferveur eucharistique, un lieu où les adorateurs du Seigneur eucharistique peuvent laisser s’imprimer dans leur chair la marque de Son Amour tout puissant et souffrant.

Dans notre chair blessée, Dieu accomplit Ses Œuvres quand on Lui fait confiance. Mère Yvonne y encourage : « La sainteté consiste surtout, à mon avis, à ne pas se lamenter de sa faiblesse car ce ne sont pas ceux qui ne tombent pas qui méritent mais ceux qui tombent souvent et se relèvent toujours. »

Jésus lui dit un jour : « Sois Ma petite semeuse d’amour » ! Chacun peut l’être à sa manière en s’exposant à l’Amour infini de Son Cœur et en Lui disant :

 

« Jésus, Roi d’Amour, j’ai confiance en votre miséricordieuse Bonté ! »

Source : - Paul Labutte, Ma mère selon l'Esprit, éd. Fr.-X de Guibert, Paris, 1997 :  p. 538ss